Une montagne dans la mer

quelques jours, entre mer et montagne, sur la plus belle île au monde....

13 juillet 2007

Invitation au voyage

"Le soleil a tant fait l'amour à la mer, qu'ensemble, ils ont enfanté la Corse"
Antoine De St Exupéry

Quelle belle définition...et quelle belle explication surtout: car il est vrai que la Corse, c'est forcément une histoire d'amour. Une montagne, jaillie de l'eau, aux courbes et contours qui vous chavirent. Un diamant, posé sur la mer, aux facettes colorées et attirantes. On y vient peut-être par hasard, mais y retourne toujours par amour et par plaisir, pour peu qu'on ait su y trouver toutes les merveilles dont elle regorge.

On parle d'elle comme d'une femme, souvent conquise, jamais soumise, Calliste, "la plus belle". Elle a su préserver son âme, au fil des siècles. On trouve chez elle une vérité, qu'on ne trouve pas ailleurs. Là-bas, l'honneur, le respect de la parole donnée, le sens de l'hospitalité, ne sont pas des mots oubliés: ce sont même des valeurs auxquelles on s'accroche!

Nous avons la chance d'avoir trouvé en Corse une richesse rare, qui ne s'achète pas mais se cultive: une amitié vraie et sincère.
Au hasard d'un séjour estival, une recherche d'un toit, et la rencontre avec une personne comme il en existe peu, avec un coeur grand comme ça, et l'amour de sa terre chevillée au corps. Cette personne, depuis ce jour, nous fait découvrir à chacun de nos séjours, des facettes inconnues, des trésors insoupçonnés. Et c'est avec un plaisir immense, que cette année, nous avons découvert ensemble, pendant une semaine, une première partie du sentier mythique de l'ile, dans sa partie la plus montagneuse.

Jean-Do, c'est ainsi que se prénomme notre ami. Il nous a offert une semaine de son temps, pour partager cette expérience en notre compagnie!...Abandonnant au passage Caroline, sa compagne, et Callista, sa petite merveille, dont je vous parlerai plus tard, mais qui elles aussi, nous sont si chères...

En route pour l'aventure?...c'est parti!

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06 août 2007

Le départ

Nous sommes arrivés sur l'ile le samedi 23 juin au matin, par bateau. J'aime particulièrement naviguer de nuit: nous arrivons alors de bon matin, et Bastia se réveille à peine. Le ferry déverse un flot continu de voitures sur le quai, tandis que d'autres, moins chanceux, attendent d'embarquer pour le continent.

Souvent, je m'amuse, en regardant autour de moi, à imaginer de quoi les vacances de nos compagnons de voyage seront faites. C'est drôle, mais je suis sûre que je me trompe rarement. Et en gros, on distingue deux catégories de vacanciers: ceux qui viennent là pour se reposer, profiter de la mer et du soleil, et ceux qui viennent pour en prendre plein les yeux...et plein les jambes aussi! Je pense que vous l'avez deviné, nous faisons plutôt partie de la deuxième catégorie, même si cette année, nous avons prévu une semaine de repos après notre périple en montagne.

Pour avoir sillonné la Corse depuis de nombreuses années, je sais aujourd'hui qu'on ne peut la connaître vraiment sans se donner la peine de pénétrer son coeur: la montagne. Nous avons toujours marché en Corse: de longues randonnées, parfois jusqu'à 11 heures de marche, et toujours la frustration de ne pas dormir "là-haut". A force d'en parler, nous avons décidé, l'année dernière, de nous lancer sur le GR20, en compagnie de Jean-Do... Jean-Dominique "lit" sa montagne. Il ne connaissait pas le parcours, avait envie de le découvrir: marcher en sa compagnie est un vrai plaisir, et en plus...il est rassurant! Tout va toujours bien avec lui! C'est reposant, d'avoir le sentiment que rien ne peut vous arriver!

Après une bonne nuit passée chez les parents de Jean-Do, toute la troupe se lève de bon matin. On charge la voiture avec nos sacs, et nous partons pour la maison forestière de Bonifatu, en passant par les callanches. Le GR part de Calenzana, mais la première étape ne présente aucun intérêt particulier, et bon nombre de randonneurs partent directement de Bonifatu. Cette première étape a l'avantage d'être courte, et le dénivelé exclusivement positif offre une mise en jambes idéale.

Nous prenons congé d'Antoine, le père de Jean-Do, qui nous a gentiment conduits jusque là avec sa voiture. D'ailleurs, lorsque la voiture s'éloigne, que l'on fixe nos sacs sur nos épaules, on prend enfin conscience que l'aventure commence, et j'avoue que je me sens euphorique...

le_d_part

Pour suivre son chemin sans se perdre, il est préférable d'avoir une bonne carte, c'est bien connu. En voici une pour vous permettre de nous suivre, mais je ne garantis pas la qualité de l'image! en zoomant, peut-être...sinon, suivez-moi, je connais la route par coeur!

1__etape

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09 août 2007

Première étape

Comme je l'ai dit précédemment, notre première étape a consisté à rejoindre le refuge de Carozzu, depuis la forêt de Bonifatu.
Nous nous sommes donc levés tranquillement à 6h45, et nous sommes partis d'Ota à 8h30. La route n'est pas longue jusque la maison forestière, du moins en kilomètres. Mais la route des callanches est si étroite et sinueuse, que nous arrivons sur le parking à 10h15. D'ailleurs de manière générale, lorsqu'on prévoit une virée en voiture en Corse, rien ne sert en Corse, de compter la distance en kilomètres, mieux vaut prévoir en temps.
Jean-Do a décidé que Jenny nous accompagnerait: Jenny est une chienne, mais quelle chienne! Je n'ai jamais vu une bête aussi obéissante et attachante. Nous savions bien que si Jean-Do la prenait, c'est qu'il savait qu'elle était capable de faire le parcours. En pensant au cirque de la solitude, j'avais bien quelques inquiétudes, vite envolées, mais je vais déjà trop vite! Pour l'heure, Jenny est à l'arrière, dans le pick-up, et elle piaffe d'impatience.

Le sentier qui mène au refuge de Carrozzu est tranquille. Il monte d'abord en pente douce, en sous-bois, le long d'un torrent, qu'il faut traverser par une passerelle, qui peut un peu inquiéter les victimes du vertige, mais qui ne présente aucune difficulté. Elle est d'ailleurs plutôt rassurante, paraît solide et surtout assez récente. Le temps des passerelles en cordes et planches de bois et révolu sur le GR.

premi_re_passerelle

Le soleil est déjà haut, mais les températures sont encore un peu fraiches en cette fin juin. Je retrouve avec plaisir les senteurs particulières de la forêt. Cette étape, nous la connaissons déjà: nous avons fait l'aller-retour, voilà quelques années, jusqu'au refuge. Les 750 mètres de dénivelé positif ne sont donc qu'une formalité.

Nous prenons le temps d'observer les digitales sauvages...

Digitales

et les lys orangés...dont j'ai perdu la photo, en même temps qu'une trentaine d'autres, en voulant les transférer sur mon maudit ordinateur portable qui a abîmé la carte mémoire de mon appareil! belle colère, noms d'oiseaux divers et variés, mais l'ordinateur a tout de même survécu...il rend malgré tout service de temps en temps!

Le sentier devient de plus en plus raide, et nous reconnaissons déjà l'abri de Spasimata, situé à moins de dix minutes du refuge. De toutes façons, inutile de suivre les marques: Jenny nous montre le chemin. Au pied de l'abri, nous saluons un jeune marcheur, qui déguste son déjeuner tranquillement. Il vient du Canada.

Nos sacs ne pèsent pas encore sur nos épaules, et c'est à 12h45 que nous arrivons au refuge.

refuge_de_Carozzu

La première chose qui me frappe en arrivant, c'est le monde déjà présent: nous sommes dimanche. En toute logique, si l'on considère que la majorité des randonneurs démarre le GR le samedi ou le dimanche, ils ne devraient pas se trouver à Carrozzu aujourd'hui! De plus, les vacances n'ont pas vraiment commencé! Il est donc plus prudent de réserver de suite nos places dans le refuge. L'entrée est assez pittoresque, et la vue, depuis la terrasse, toujours aussi jolie.

               Carrozzu_2                    Carrozzu

Hélène tient absolument à réserver nos emplacements dans le dortoir. Il est vrai que c'est plus prudent, si on ne veut pas être séparé. L'endroit est très...rustique!

on_dort_l_

J'ose à peine rapporter ici les propos d'Hélène en découvrant l'endroit: " tu sais à quoi ça me fait penser?"...aïe! oui, je crois! sans doute à la même chose que moi..."non, à quoi?" ..."aux camps de concentration"...et paf, dans le mille!..."rhôo! ça va pas, non?! t'exagères un peu, là!, et puis ils ne devaient pas avoir de matelas verts, eux!"
Pardon pour ces propos, mais il faut avouer que l'endroit est un peu austère. Histoire de l'égayer un peu, nous ferons, le soir venu, une bataille de sacs de couchage, Hélène et moi, qui en fera rire plus d'un!

Des groupes entiers arrivent au fur et à mesure que le temps passe. Pour certains, ce sont des groupes de quelques amis, pour d'autres, ce sont des groupes organisés, venant des pays de l'est. Très souvent, ils sont chargés comme des mules, et dorment sous tente. Il règne une activité de fourmillière, chacun cherchant le meilleur emplacement pour monter son camp.
Nous avons trouver un petit coin, près de la fontaine, pour prendre notre déjeuner: nous allons goûter nos premiers repas lyophilisés. Nous avons prévu des repas complets, à 1100 calories, comprenant un potage, du pâté (que Jenny apprécie beaucoup), un plat complet, une compote, une pâte de fruit, des biscuits, un café, du sucre et du pain. Le tout pesant 300 grammes. Ces précisons peuvent paraître futiles, mais lorsqu'on porte ses repas pour plusieurs jours, le poids est très important! Et puis les repas, c'est primordial pour le moral des troupes, c'est bien connu! Et après une étape difficile, on finira même par trouver ça bon, les lyophilisés!

les_joies_du_lyo

Et voilà à quoi ressemble notre festin: vu comme ça, ça donne envie, n'est-ce-pas?...

nos_repas

Nous prenons notre temps pour déguster nos pâtes bolognaises et autres hachis parmentier, et nous profitons de l'endroit, les orteils en éventail. Car bien sûr, un des premiers gestes, après une randonnée, c'est d'échanger ses chaussures contre tes tongs!
Comme d'habitude, je pars en éclaireur pour situer les toilettes...ah! finalement, celles du Maroc n'étaient pas si mal!... non, j'exagère: ce n'est pas si évident, d'offrir des toilettes dignes de ce nom, dans des endroits aussi reculés, lorsqu'on sait le nombre de personnes qui défilent chaque jour! A Carrozzu, c'est une copie conforme de la cabane au fond du jardin, sauf qu'elle est au milieu des arbres, et qu'on est prié de déposer son papier dans un sac poubelle de 100 litres (mieux vaut prévoir grand), et de rincer l'endroit avec un tuyau d'arrosage prévu à cet effet. Force est d'admettre qu'on ne s'attarde pas en ces lieux, et qu'on serait même tenté de se presser un peu, pour peu qu'on apprécie pas de partager son espace avec de belles araignées, qui elles, semblent se plaire là!

A mon retour d'expédition, je rassemble les popottes pour faire la vaisselle, mais Jean-Do tient absolument à la faire. Je l'accompagne à la fontaine. Heureusement, que nous sommes arrivés tôt, elle commence à être prise d'assaut. Puisque nous y sommes, nous y restons pour faire un brin de lessive: c'est plus agréable d'enfiler du linge propre le matin, et comme il est impossible d'emporter 3 kilos de linge, on fait un roulement avec 2 t-shirts! A ce propos, il est important d'emporter des vêtements techniques, qui sèchent rapidement.

lessive

Après l'effort, le réconfort: nous allons réserver nos repas du soir auprès du gardien, et nous en profitons pour siroter une Pietra à la terrasse, en profitant du paysage.
Le flot continu des randonneurs se déverse devant l'entrée du refuge, les chaussures tombent, dévoilant parfois des pieds couverts d'ampoules impressionnantes. Je me demande toujours comment une telle chose peut arriver: on ne part pas sur le GR avec des chaussures neuves!...enfin, je compatis à leur douleur, en frétillant de mes orteils intacts.

Après les toilettes, quelle est la deuxième chose importante à visiter? la douche, bien sûr! Lors de notre première visite à Carrozzu, nous avions pu apprécier le côté sommaire de l'endroit: un tuyau distribuant de l'eau froide, dissimulé par des tôles, au milieu d'une clairière. Si ça n'a pas changé, il vaudrait mieux ne pas tarder, avant que le soleil se cache!

la_douche

L'endroit est toujours aussi pittoresque, avec maintenant une petite note de couleur: des toiles cirées offrent un rideau de douche, certes peu étanche, mais somme toute assez efficace. Il nous faut attendre notre tour. Un homme prend son temps, et l'eau froide ne semble pas le gêner. Hélène et moi patientons, assises sur un rocher. D'autres personnes arrivent, et font demi-tour en nous voyant. Quand enfin vient notre tour, Hélène me supplie de cacher l'entrée, regarde tout autour...il est vrai que l'intimité est toute relative! Des caillebotis de plastique nous épargnent de poser nos pieds dans la boue, un rocher nous sert de tablette, les branches de porte manteau...que demander de plus?! avec un peu d'imagination, on dirait la pub pour Tahiti douche!...bon, d'accord, avec beaucoup d'imagination! mais moi, j'adore, et je me sens bien. Quand vient mon tour, tout le monde est au courant que l'eau est froide: mes cris ne laissent pas planer le doute! Et quand je sors, toute souriante, je me fais fusiller du regard par une sorte d'armoire polonaise...aucun humour, ces gens là!
Nous retrouvons les hommes et leur faisons un rapport en règle, en leur conseillant vivement de prendre leur place dans la file d'attente qui se forme de plus en plus.

Nous avons réservé nos repas au refuge pour 18h30, et le temps a passé si vite, qu'il est déjà l'heure de dîner! La soupe est une merveille! aucune chance de pouvoir en manger à nouveau une semblable, à moins de revenir à Carrozzu: les herbes qui la parfument ont été choisies dans le maquis, et je ne prends même pas la peine de demander lesquelles. En revanche, la bouillie de riz-thon-tomate qui suit a plus de mal à passer! Mais les gourmands que nous sommes apprécieront comme il se doit la crème vanille-chocolat et le gâteau à la châtaigne.

Nous avons un peu étudié le parcours du lendemain, qui ne devrait pas présenter de difficulté majeure, mais nous décidons de nous coucher tôt pour partir au petit matin. C'est donc dans la joie et la bonne humeur que nous nous glissons dans nos sacs de couchage, persuadés que nous sommes de passer une bonne nuit...c'était sans compter sur quelques petits...désagréments!

Le dortoir ouvrant directement sur la terrasse, nous participons bien malgré nous à la veillée du groupe de marcheurs de l'Est, qui parlent de plus en plus fort, à mesure que les caisses de bière se vident. Il fait déjà nuit lorsque qu'enfin, le silence se fait...pas pour longtemps!
La nuit nous offrira un beau concours de scieurs de bois: ça ronfle de tous les côtés! Alors que j'ai les yeux grands ouverts, je me fais même secouer par mon mari qui me demande d'arrêter! Ceux qui ne ronflent pas soupirent, se retournent bruyamment dans leur sac. Il fait une chaleur impossible dans la pièce! Certains commencent à renoncer: je vois des ombres en forme de sarcophage, se déplaçant comme des pingouins, prendre la direction de la cuisine, ou sortir sur la terrasse. Le comique de la situation commence à m'apparaître, et à mon tour, je renonce: je ne dormirai pas cette nuit là. Hélène non plus, malgré ses boules quiès, pas plus que son père. Jean-Do, lui, ne semble pas gêné. Quand Jenny, qui dort dehors, se met à aboyer, surprise par ces drôles de courreurs en sac au milieu de la nuit, je me dis qu'on frôle l'incident, mais il n'en sera rien.
La nuit est longue, longue!...

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21 août 2007

Deuxième étape

L'étape d'aujourd'hui doit nous conduire au refuge d'Asco. Le refuge de Carrozzu est à 1270 mètres, nous passerons par la Bocca i Stagni, à 2010 mètres, pour redescendre au refuge d'Ascu Stagnu à 1422 mètres d'altitude.

2__etape

Nous sommes debout dès 5h00, avec le sourire. Si! Si en plus de ne pas dormir, on se met à faire la tête, les carottes sont cuites! Rien n'entamera notre moral...enfin, c'est ce que je crois, là, sur cette terrasse, dans la douceur du petit matin.

Nous avions préparé notre petit déjeuner la veille: lait en poudre, mélangé à du chocolat en poudre, accompagné de muesli. C'est infecte, mais efficace! ça vous plombe l'estomac jusqu'au déjeuner! Jean-Do grignote à peine le matin, mais il donne une telle impression de facilité, que c'en est désarmant!
Un petit tour par la fontaine, on remballe les sacs, on saute dans nos chaussures et nous sommes partis! Il est 6h30. Nous apprenons que certains sont partis à 4h00.

Le sentier commence tranquillement, presque en courbe de niveau. Un premier passage, sur des dalles lisses et en dévers, est équipé de chaînes, dont certaines sont brisées et dont certains points d'ancrage ont sauté. C'est sans importance pour nous, car le sol est sec. Mais par temps de pluie, le sol rendu glissant peut être dangereux.

Nous arrivons très vite au seul point qui semblait inquiéter un peu Jean-Do: la passerelle de Spasimata. Elle aussi, a été restaurée, mais pour une raison qui m'échappe, elle penche sur la fin, ce qui renforce l'inquiétude. Lors de notre première visite à Carrozzu, j'avais tenu à me rendre compte de que représentait l'obstacle en question: j'avoue être parfois rattrapée par le vertige, et je voulais la traverser une première fois pour me débarrasser de mon appréhension. C'est l'eau du torrent qui coule en dessous, qui est le plus déstabilisant, mais franchement, là encore, aucune difficulté!

Spasimata

C'est finalement Jenny qui sera la plus embarrassée: nous avons tous traversé, mais elle reste de l'autre côté, aboyant, renonçant à chaque tentative. Jean-Do nous confirme qu'elle ne prendra pas la passerelle: les chiens ont peur de l'écartement entre les planches, et du vide en dessous. Elle cherche un chemin pour la contourner, mais la chose n'est pas aisée. C'est alors que Jean-Do l'appelle, lui demande de le regarder. Jenny semble comprendre. Il lui montre le chemin à prendre, en lui disant de suivre son doigt. A la surprise générale, sans une hésitation, Jenny suivra exactement le chemin que Jean-Do lui avait indiqué. Entre-temps, d'autres randonneurs nous avaient rejoints, dont un couple d'espagnols, accompagné d'un labrador obèse...nous ne les retrouverons que le soir: je pense que leur traversée fut plus acrobatique!

Commence alors une longue et raide montée, sur de grandes dalles qu'il faut gravir en escaliers. Nous apprécions l'ombre: le soleil n'a pas encore passé les sommets.

                         le_soleil_va_nous_rattraper                            on_y_est_presque_

encore_un_petit_effort

Nous le trouvons en arrivant au lac de la Muvrella, à 8h30. L'endroit est agréable. Le groupe de polonais partis à 4h00 est installé là. Ils semblent profiter du soleil. Certains sont torse et pieds nus. Pourtant, l'étape est loin d'être terminée!

Jenny, quant à elle, apporte un bâton de bois pour jouer. Elle est désarmante: jamais fatiguée! Nous lui jetons à tour de rôle le bâton dans le lac, et elle plonge pour aller le rechercher.

La_muvrella

Nous posons nos sacs quelques minutes, le temps d'avaler une pâte d'amendes et de discuter avec trois jeunes femmes espagnoles qui font le GR dans l'autre sens, puis nous attaquons la dernière ascension de la journée. Donnée sur le topo pour 40 minutes, nous l'avalerons en 20.

sommet_de_la_muvrella

Commence alors une longue et pénible descente, dans les éboulis d'un pierrier. Les genoux (des filles)deviennent douloureux, malgré nos bâtons qui nous aident bien. Mais ce qui est le plus décourageant, c'est que le gîte est visible depuis le col!

vue_sur_Asco

En pareil cas, dans la mesure du possible, il vaut mieux éviter de regarder en bas: on a l'impression de ne pas progresser! Hélène, quant à elle, préfère "dérouler" dans la descente. Elle part donc sans nous attendre. Aucune raison de s'inquiéter pour elle: le GR est parfaitement balisé, et elle porte son eau. En revanche, c'est moi qui promène les barres énergétiques. Et lorsque nous nous arrêtons, j'espère pour elle que la fringale ne va pas la rattraper. La morsure du soleil à son zénith, bien que plus supportable que dans une montée, rend tout de même la progression plus lente. A l'abri d'un gros rocher, nous croisons à nouveau deux jeunes hommes que nous suivons ou dépassons régulièrement. Ils font une pause et nous les imitons à notre tour. Car le GR ne doit pas avoir, à mon sens, pour simple objectif de faire une marche sportive. Il est d'abord et avant tout, un sentier qui permet d'approcher les trésors cachés de l'île. Dans l'effort, on oublie trop souvent de lever les yeux, d'admirer, de contempler ce qui nous entoure. Heureusement, Jean-Do, qu'aucune fatigue ne semble atteindre, est là pour nous le rappeler!

on_vient_de_la_haut

D'ailleurs, quand on a l'impression de ne pas avancer, se retourner est parfois un bon moyen de se remonter le moral: "on venait qand même de là-haut!"
Lorsqu'enfin, nous atteignons la forêt, la marche devient beaucoup plus agréable. Le vent dans les pins nous apporte un peu de fraîcheur. Le refuge du Haut Asco est accessible depuis la route, et je perçois avec un certain déplaisir le bruit des voitures. Lorsqu'enfin nous arrivons, il est à peine 13h00.

                Asco                    Refuge_d_Asco

Le gîte est encore presque vide. Quelques tentes sont cependant déjà montées. Asco est une ancienne station de sports d'hiver, dont les installations sont à l'abandon. Les vieux téléskis rouillent au milieu des pentes herbeuses, donnant à l'endroit un air un peu désolé, atténué ce jour là par le beau temps.
La route s'arrête là, et Asco est très fréquenté l'été: il demeure un point de départ pour nombres de jolies randonnées.Les chalets, construits pour la station de ski, ont été restaurés, l'hotel affiche complet: A ma connaissance, Asco est vraiment un endroit unique en Corse: une sorte d'anachronisme, une erreur de positionnement! Mais pour l'heure, nous nous réjouissons à l'idée de passer la nuit dans une chambre d'hotel, de prendre une bonne douche, et de dîner au restaurant le soir!

Petite entorse à la condition de randonneurs endurcis, j'en conviens! Mais nous sommes venus là pour prendre du plaisir, pas pour faire un stage commando!
Une fois les clés de notre chambre récupérées, nous prenons un verre au bar, avant d'aller, une nouvelle fois, goûter aux joies du lyophilisé.
L'après-midi, s'écoule doucement, entre parties de cartes, petit tour alentour, la douche pour Jenny, un brin de lessive, les joies de la douche à l'eau chaude, et c'est déjà l'heure de dîner: le restaurant est bondé! Si certains ont tenu à planter leur tente, la promesse d'un bon repas les a tout de même conduits jusque là!

Il faut se coucher tôt ce soir: demain nous attend "la" grande journée. Celle de la traversée du cirque de la solitude. Les réveils sont réglés sur 4h45. Nous emportons dans la chambre le plateau de notre petit déjeuner, avec les thermos, le pain et la confiture: toujours ça à ne pas préparer le matin!

Nous avons loué une chambre double, mais Hélène demande à son père de partager la chambre de Jean-Do...et Jenny, qui passera, au passage, sa première nuit dans un hotel. Je dors déjà, lorsque je sens une main se poser sur mon mollet, me faisant frôler l'infarctus: c'est mon mari, qui demande l'asile pour la nuit. Bonnes filles, nous lui faisons une petite place: je me retrouve à dormir sur le côté, avec un chaise pour m'éviter de tomber: sacrifice inutile! lorsque le réveil sonne, je m'aperçois qu'il a dormi par terre, sur la moquette...

Debout tout le monde! Il est temps de se préparer!

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12 septembre 2007

Cirque de la solitude

3_etape

Le voilà, le jour tant redouté! Bien sûr, le GR est pratiqué par des milliers de personnes chaque années. Bien sûr, parmi ces milliers de personnes, beaucoup traversent le cirque de la solitude comme un sentier de campagne. Bien sûr, d'aucun, lisant mes propos, les jugeront excessifs...et ils auront peut-être raison! Parce que je fais le choix de retranscrire ici le plus fidèlement possible les sensations de l'instant.

Pourtant, ce matin, je suis sereine, et pressée d'en découdre: après tout, cette étape, je l'ai déjà faite, et je n'en suis pas morte! bon, d'accord, j'ai pris mon temps...d'accord, on est arrivé un peu tard au refuge...mais aujourd'hui, ce sera différent! j'en suis sûre!

Pour l'heure, il fait encore nuit. J'ouvre les volets, pour m'assurer qu'il ne pleut pas. Il me semble percevoir quelques mouvements chez les campeurs. Nous prenons notre petit déjeuner dans la chambre, et à 5h45, nous sommes prêts à partir.

Bien sûr, c'est tôt! mais il est des spectacles qui justifient cet effort...

5h_du_mat

Nous partons parmi les premiers. En sortant de l'hotel, nous constatons que la salle à manger est bondée. Les marcheurs qui nous accompagnent sont en fait les "sportifs". De ceux qui partent en voyage organisé, qui portent juste un micro-sac et une gourde, qui portent collants soyeux et moulants...mais non, je ne me moque pas! et qui, surtout, vous doublent en courant dans les montées, quand vous soufflez comme un asthmatique sous les 17 kilos de votre sac à dos!

Le sentier chemine d'abord sur les pentes herbeuses de l'ancienne station de ski, puis s'élève dans une maigre forêt, avant d'atteindre un long faux-plat extrêmement venté.

1er_effort

La vue est magnifique: le Cinto semble si proche! le soleil levant fait danser la brume et la lumière est d'une douceur qui contraste franchement avec la fraîcheur ambiante. Nous dépassons les premières neiges.
Jean-Do aperçoit des mouflons, sur le versant ensoleillé de la montagne. Je maudis la nécessité de faire des choix pour charger son sac: j'aurais aimé avoir des jumelles!

Le terrain devient de plus en plus austère, minéral. Nous arrivons sur le site de l'ancien refuge d'Altore, qui a brulé voilà quelques années...personne ne connait le nom et le prénom de la foudre qui est à l'origine de l'incendie!

Altore

C'est ici que les choses sérieuses commencent. La montée devient plus raide, et se résume à une succession d'escaliers naturels, ne nécessitant que rarement l'aide des mains. Nous voici enfin au sommet, après 2h30 de marche, et 30 minutes d'avance sur le topo, malgré nos poses barres énergétiques.

Oui mais voilà...j'avais oublié à quel point l'endroit était impressionnant!

c_est_par_l_

Dès le départ, le passage est équipé de chaînes, qui ont au moins le mérite d'être rassurantes. Mais la pente est telle, qu'il faut bien vite renoncer à descendre de face...sauf pour Jean-Do, évidemment!

faut_y_aller_

Notre avance nous semble fondre comme neige au soleil: des groupes de randonneurs nous rejoignent au fur et à mesure de la descente, et il faut admettre que c'est stressant de sentir que l'on gêne un peu, et gênant d'être freiné dans sa progression. Mais tout se passe tout de même dans la bonne humeur, et les quelques voies de garage possibles nous permettent de souffler et de laisser passer les bienheureux qui ignorent le vertige.

quand_faut_y_aller

Un petit conseil: choisissez une pantalon solide! à force de se raper le derrière sur les pierres, certains ne résistent pas...ça fait rire les autres, mais moins celui qui fait prendre l'air à son auguste céans, qui pour l'occasion, fait moins l'Auguste! Mais je vous rassure, ce ne fût pas notre cas.

Au fur et à mesure de notre progression, nous prenons un peu confiance. Le plus dur est finalement de commencer. Mais je ne remercierai jamais assez Jean-Do pour l'aide qu'il a apportée à Hélène: en restant toujours à ses côtés, en la guidant, la rassurant en lui parlant sans cesse, il nous a sans nul doute fait gagner un temps précieux, et surtout, il a permis que cette étape ne tourne pas à la galère. Pourtant, Hélène avait déjà traversé le cirque de la solitude! Elle devait avoir 12 ans, si mes souvenirs sont bons...mais il y avait une nuance de taille: elle ne portait rien! Et ce détail change tout: même bien réglé, bien fixé, un sac est toujours un handicap, lorsqu'il s'agit de se baisser, ou de se hisser. Il se raccroche aux pierres, cogne contre la paroi, et surtout nous déséquilibre parfois.

De plus en plus, certains font aujourd'hui le choix de ne prendre que le minimum, pour alléger au maximum leur sac. C'est à mon avis, un choix dangereux: la Corse reste une montagne, avec ses pièges et ses changements de températures brutaux. S'il faut bien sûr, choisir un sac technique, le plus léger possible, à vide, mais solide, son contenu est capital. Je ferai d'ailleurs un paragraphe spécial, pour donner le contenu de nos sacs.
A la fin de notre périple, nous avons d'ailleurs réalisé que nous avions utilisé tout ce que nous avions emporté: preuve que dans notre cas, nous n'aurions pu alléger d'avantage nos sacs...

Mais je parle, je parle, et nous voici arrivés à la moitié du parcours difficile: le coeur du cirque.

y_a_plus_qu___remonter

Mais le temps change: pas le temps de se reposer. A peine celui de grignoter une barre de céréales. Il faut sortir de là au plus vite. Le vent s'est levé, le soleil a disparu. Il fait froid, et les nuages arrivent à une surprenante vitesse: Si le cirque est déjà impressionnant par beau temps, il devient franchement lugubre par temps gris, et dangereux si la pluie s'invite!
Je ne dis rien de mes inquiétudes: Hélène semble fatiguée, et il est inutile d'en rajouter. Il nous faut remonter: lorsque nous dépasserons le pic Von Cube, nous serons tirés d'affaire...enfin, presque!

A nouveau, j'avais oublié combien la remontée était difficile: la descente est très pentue, mais elle offre des roches accidentées, permettant une bonne adhérence des chaussures. L'autre côté, étrangement, n'est équipé de chaînes que dans la partie inférieure. Il y a même une échelle à gravir, et les dalles sont lisses et en dévers sur une bonne partie .

D'ailleurs, contre toute attente, c'est là que je craque. D'un coup, comme ça, de façon inexplicable, les nerfs qui lâchent. Figée sur ce rocher, les muscles tétanisés, je n'arrive plus à avancer. Et j'enrage, de cette faiblesse! J'enrage, de ne pas avoir la volonté suffisamment forte, pour faire bouger mes jambes. L'esprit dit "avance!!!" et le corps ne répond pas. Instant de solitude, s'il en est. Je suis agrippée à cette chaîne, collée à la paroi, mon sac me gêne. J'ai l'impression que mes pieds glissent: c'est la panique. Mon mari, qui me suivait, s'aperçoit de la situation et me rejoint...je crois que s'il n'avait pas été là, j'y serais encore! bon, d'accord, j'exagère, mais quand même!
Je voudrais qu'il passe devant moi, pour avoir un point de mire, autre que le vide, mais pour ça, il faut qu'il m'enjambe, et l'idée même me fait encore plus peur. Sans m'écouter, il parvient à me dépasser. Je ne sais pas comment: j'ai fermé les yeux. Crise de larmes. Crise de rage contre ma faiblesse.Quelques secondes. Je souffle. Il me parle doucement. Sa patience me surprend! Il pose son pied sous le mien, et me demande de m'appuyer dessus, pour me lever. Je refuse, prenant conscience du ridicule de la situation, et finit enfin par m'arracher de la paroi. Il était temps: Hélène allait nous rejoindre et je n'aurais voulu, pour rien au monde, lui communiquer ma peur!

Une fois sortie de ce mauvais pas, les muscles se relâchent, la tension retombe, mais je suis épuisée. Jamais de ma vie, je n'ai ressenti une telle sensation d'épuisement. Et nous sommes encore loin du but! Je regarde néanmoins en direction du départ du cirque: des groupes entiers arrivent encore: ça remonte le moral...

Pour la première fois de la journée, nous commençons à croiser des gens qui parcourent le GR dans l'autre sens. Heureusement, les difficultés majeures sont derrière nous. Il faut juste tenir, et sortir de là au plus vite: cette fois, c'est sûr, il va pleuvoir!

le_temps_se_couvre

Lorsqu'enfin nous atteignons le pic Von Cube, les premières gouttes commencent à tomber. Ce rocher marque la sortie du cirque, mais pas la fin de l'ascension: il reste encore un pierrier pentu à gravir, avant de pouvoir enfin basculer de l'autre côté. J'ai froid, mais je ne veux pas encore revêtir le pancho. J'espère toujours que ce ne sera qu'une averse. Les marcheurs que nous croisons nous remontent le moral: " encore un petit effort! vous y êtes presque!". J'aimerais pouvoir leur en dire autant! Il me semble que la traversée, dans ce sens, est encore plus difficile. Lors d'une pause de quelques minutes, nous parlons quelques instants avec un sportif ( vous avez suivi?...mais si! ceux qui portent collants!) qui sourit en voyant nos mines déconfites. Il me demande si ça va, et je réponds "oui", bien sûr, en ajoutant toutefois que mon vertige m'avait rendu la traversée pénible. Il me répond alors "si vous aviez le vertige, vous ne l'auriez pas traversé!" La remarque me laisse sans voix. Je n'ai même plus la force de protester, et je pense "t'as raison, j'ai pas le vertige alors!"....euh...j'ai pensé un mot en plus mais comme je suis bien élevée, je ne l'écrirai pas ici.

Un dernier regard en arrière, et nous sortons enfin! Je ne peux m'empêcher de plaindre ceux qui commencent la traversée à cet instant: on distingue une file continue de randonneurs dans la première partie, et il pleut vraiment à présent: il faut se résoudre à sortir polaires et ponchos. Nous sommes frigorifiés.

J'ai l'impression d'avoir perdu un temps fou, et je ne peux m'empêcher de penser au refuge: nous avions prévu de dépasser celui de Tighettu, pour passer la nuit aux bergeries de Ballone. Stratégie idéale, mais risquée, si on arrive trop tard: une demie heure de descente entre les deux refuges, mais un peu plus de remontée! et avec la fatigue, je n'ose imaginer la réaction d'Hélène si nous lui annonçons qu'il faut remonter! Nous jouons de malchance, parce que nous portons nos tentes...mais par temps de pluie, on ne peut pas dire que ce soit agréable!

Et pour l'heure, il nous faut descendre, sur de grandes dalles lisses et rendues glissantes par la pluie. C'est un vrai numéro d'équilibriste, auquel nous devons nous livrer, et c'est par miracle qu'aucun de nous ne tombe. Nous avons assisté à de jolies figures de style, toujours négociées avec talent.

Nous voilà enfin à Tighettu. Il faut prendre une décision: rester ou risquer de ne plus trouver de places aux bergeries.

il_pleut

Après une brève concertation et un coup d'oeil à la montre, nous décidons de tenter la descente: nous sommes partis tôt ce matin, et même si nous avons été dépassés par quelque randonneurs, il doit y en avoir beaucoup plus derrière nous que devant!

Les genoux douloureux me donnent une démarche de nonagénaire, et je fais de mon mieux pour presser le pas. Jean-Do décide de partir en éclaireur pour réserver les places. Hélène, comme à son habitude, retrouve ses ailes dans la descente et prend aussi un peu d'avance.

En route, nous croisons un monsieur d'une soixantaine d'année, qui remonte vers Tighettu: il va chercher ses amis qui n'avaient pas osé prendre le risque de trouver le refuge complet! Il semble frais comme un gardon! je lui demande s'il n'en a pas eu assez pour aujourd'hui, mais il me répond que sans son sac (laissé aux bergeries), ce n'est qu'une promenade de santé...vu comme ça, ce n'est pas faux. Cela dit, moi, j'ai mon compte! et je suis rassurée: nous aurons de la place à Ballone!

Il est 14h00 lorsqu'enfin, nous posons nos sacs: il est temps de prendre un repas chaud! A peine le temps de s'installer dans le marabout, qu'il se met à tomber des cordes. Nous avions espéré pouvoir nous baigner dans les magnifiques piscines naturelles toutes proches: c'est raté!

bergeries_de_Ballone

Lorsqu'il fait beau, l'endroit est magnifique. Le berger a investi dans des tentes et des matelas de mousse, clairsemés autour des bergeries, et il les loue aux randonneurs. Un jour pluvieux comme celui-là, il faut avouer que c'est appréciable!
Nous sommes seuls dans le marabout, qui abrite une dizaine de lits de camp. Nous mangeons sans quitter nos polaires, et le repas nous réchauffe à peine. En plus, nous apprenons que le chauffe-eau a explosé (?!).Le berger est en train de le changer, et si tout va bien, nous aurons peut-être de l'eau chaude pour la douche du soir! Cette perspective, une partie de cartes et une pietra me redonnent ma bonne humeur. En plus, le soleil est revenu! Allez, histoire de faire pardonner ma petite faiblesse de la journée, je vais faire la vaisselle à la fontaine....c'est pas gentil, ça peut-être?!

vaisselle

Rituel bien rôdé à présent: il convient de réserver le repas du soir à l'auberge, et de réserver notre place en dortoir...sauf que mon mari, sans doute traumatisé par sa nuit à Carrozzu, hésite beaucoup à dormir dans le marabout. Moi, j'ai déjà oublié les petits désagréments, et je préfèrerais dormir sur un lit de camp, plutôt que dormir sur un maigre matelas, mais ce qu'homme a dans la tête...il l'a dans la tête! Je le laisse à ses p'têtre bien que oui, p'têtre bien que non. Jean-Do, quant à lui, a décidé depuis longtemps: premier arrivé, il a choisi le premier lit, afin de pouvoir offrir à Jenny un petit coin à l'abri, sans déranger personne.
Nous allons prendre un verre à l'auberge, et disputer notre partie de cartes quotidienne. Mais le problème de la nuit n'est pas réglé: René préfèrerait dormir sous une tente, et demande au berger s'il a des tentes pour trois. Triomphalement, il m'annonce qu'il a réservé un emplacement pour trois, et m'invite aussitôt à faire le tour du propriétaire...vite fait: c'est rustique!

On ne peut pas dire que la nouvelle me ravisse, mais je fais contre mauvaise fortune bon coeur et je dis "au poil" avec une conviction qui n'appelle pas réplique.
Avec le froid qu'il fait, et surtout le vent, j'espère bien qu'à trois, nous n'aurons pas trop froid!

Les bergeries sont accessibles depuis la vallée, en quelques heures de marche. Quotidiennement, des promeneurs font l'aller-retour,et certains d'entre eux pensent à amener le journal. C'est ainsi que Jean-Do est ravi de prendre des nouvelles du pays sur Corse Matin, et que nous apprenons que le vent a soufflé en tempête ( ça, on avait remarqué!), mais que ce n'est qu'un début: demain, des rafales à plus de 100km/heure sont annoncées. On apprend aussi qu'avec le vent, les températures ressenties en altitude ne dépassent pas 6°! En revanche, il ne devrait plus pleuvoir: c'est toujours ça!

Nous assistons tout l'après-midi à l'arrivée des randonneurs. (Il en arrivera jusqu'à 19h00.) Enfin, une bonne nouvelle tombe: le chauffe-eau est réparé, l'eau est chaude! Et là, le triplé gagnant entonne dans une belle simultanéité: "ah ben moi, je me lave pas!"...super! non seulement cette nuit, je vais me geler sous une tente, et en plus, ça va sentir le bouc!

"Comme vous voulez, moi, j'y vais". Toujours dans une belle synchronisation, je reçois un "ben, vas-y"! d'encouragement...

Drapée d'orgueil et de condescendance, je file au marabout récupérer mon nécessaire de toilette, et je m'en vais grelotter devant la porte des douches: Les nouvelles vont vite! Je prends un imaginaire ticket pour la troisième place, et j'entame la conversation avec les candidats qui me précèdent. Le sujet de conversation est bien sûr tout trouvé: "alors, c'était comment?" Chacun y va de son petit récit. On peut résumer l'ensemble par "c'était dur". Avec toutefois une nuance, avec le jeune homme qui va prendre sa douche juste avant moi (et que je menace au passage de lourdes représailles s'il me pique toute l'eau chaude). Il est guide accompagnateur, et pour lui, le cirque de la solitude est devenu "technique", "physique", "dangereux par temps de pluie", mais pas difficile...soit. Il me demande si ça s'est bien passé pour moi, et je réponds par l'affirmative: voyons les choses en face, maintenant que je suis là, je suis si soulagée que j'ai déjà oublié ma grosse frayeur. Mais j'avoue tout de même que j'ai un peu craqué dans la remontée.

A ma grande surprise, le jeune homme me dit "ah! vous avez craqué sur la dalle en pente*? classique!"...mais je ne l'avais même pas remarquée, moi, la dernière fois!
* pour les esprits mal tournés, rien à voir avec le lever de coude...

Je confirme, et me sens obligée de justifier ma faiblesse passagère par mon vertige, mais pour la deuxième fois de la journée, je m'entends répondre que si j'avais le vertige, jamais je ne serais passée. Bon: je n'ai pas le vertige. Je suis ravie de l'apprendre. J'ai juste une trouille monstrueuse et paralysante: c'est pas très glorieux, tout de même! Il argumente, en m'expliquant qu'il n'est pas rare de devoir évacuer des randonneurs par hélicoptère, le cirque étant pour eux une barrière infranchissable.

Moins drôle, nous apprenons que plusieurs personnes sont tombées à cause des roches glissantes, au dessus de Tighettu. Rien de grave: juste des genoux rabottés, des coccyx douloureux, quelques ématomes admirables.

Enfin le moment attendu: j'entre avec précaution dans la douche. J'ai été prévenue: le sol est glissant...et les cloisons de planches de bois pas étanches! Le vent passe à travers, et j'avoue que se doucher dans ces conditions et ces températures relève de l'héroïsme!....si! pour moi, si! j'ai peut-être pas le vertige, mais je vous assure que je suis frileuse!

Je fais donc vite, et je rejoins mes trois complices, très zen, toujours attablés dans la bergerie. Je n'ai toujours pas compris pourquoi à ce jour, mais mon retour provoque leur hilarité. Je me vange en leur disant que l'eau était très chaude. Je reçois en retour un laconique "tant mieux". Mais j'ai du mal à me réchauffer et je finis par avouer que "pour quelqu'un de frileux comme moi, c'est pas humain des températures pareilles!"

Réponse définitive de mon mari: "mais non, t'es pas frileuse! sinon,t'aurais fait comme nous, t'y serais pas allée!" Nouvelle hilarité....je suis fatiguée!

Avant le repas, j'entame le déménagement de nos sacs dans notre tente. Au passage, je croise le couple d'espagnols qui vient à peine d'arriver. Il ne doit pas être loin de 18h00. La dame pleure à gros sanglots dans les bras de son compagnon. Lorsque je croise son regard, il a l'air désemparé. Je lui adresse un sourire bienveillant qui veut dire "y'a rien à faire! changez rien, vous êtes parfait"....Je maîtrise moins l'espagnol que les castagnettes (c'est dire), et le sourire est un langage universel. Il a du comprendre, parce qu'il me l'a rendu en tapotant le dos de la dame. Le tapotement dans le dos aussi, c'est universel: en général, ça veut dire "ça va aller!" Mais je ne peux m'empêcher de me demander les raisons de ce déluge de larmes: je ne vois pas leur chien, qui pourtant ne les quitte jamais. Un instant, j'ai peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose dans le cirque de la solitude: tous les chiens ne s'appellent pas Jenny! fausse piste: il est plus loin, couché devant l'entrée d'une tente. Je me dis alors que la dame est comme son chien: épuisée!

La bergerie est pleine à craquer pour le repas du soir: une grande table est occupée par le groupe qu'accompagne le jeune homme de la douche. Je crois bien que nous n'avons pas quitté notre table depuis notre arrivée! La soupe est accueillie avec un vrai plaisir...même si elle sent un peu le brûlé, la charcuterie est excellente, mais rare, et la daube de veau aux macaronis n'aura pas le temps de refroidir.

Nous voyons soudain entrer le couple d'espagnols. La dame a pris une douche, elle a les cheveux mouillés, mais toujours l'air aussi éreinté. Ils n'ont pas réservé de table, et lorsque le berger leur annonce que c'est complet, je me dis qu'elle va craquer. Ce n'est pas très gentil, mais elle a un tel air de chien battu, que je sens le fou-rire approcher dangereusement...les nerfs, sans doute...
C'est alors qu'arrive la bergère, maîtresse femme qui bouscule son mari en haussant les épaules, et sort sur la terrasse pour chercher une table et deux chaises: ouf! le monsieur n'aura pas à reprendre les tapotements dans le dos!

Nous plaisantons, mais tout le monde est fatigué. Nous terminons le repas par une orange, histoire de reprendre des vitamines...sauf René, qui préfère un fromage "maison". Il sent un peu le rustique, mais il est divin!...je parle du fromage!

Il faut se résoudre à sortir de la bergerie, et d'affronter le froid et le vent. Jean-Do prévient qu'il a trop froid, et qu'il file se mettre au chaud dans son sac de couchage. Juste le temps de me brosser les dents à la fontaine, et de me les geler à les fendre...là, je parle des dents, et je m'en vais lui dire "bonne nuit". Je passe la tête dans le marabout et demande "t'es là?" et j'entends la voix étouffée de Jean-Do me répondre dans un rire "non, y'a personne, j'ai froid, je dors"! Il a disparu dans son duvet.

Je rejoins mes deux co-locataires dans la tente et je me glisse à mon tour dans le sac de couchage, toute habillée, dans un fou-rire nerveux. Il faut dormir. Malgré le vent qui soufle en tempête et qui déforme la toile, malgré le bruit du tissus déchiré qui claque, malgré le froid et les douleurs musculaires, il faut dormir...c'est pas gagné!

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10 octobre 2007

Quatrième étape

Cassée. Je suis cassée. La nuit ne nous a pas reposés: les bourrasques incessantes nous ont tenus éveillés. Ou plutôt, elles se sont amusées à nous réveiller, à chaque fois que nous sombrions avec délice et abandon dans les bras de Morphée. La lumière du petit jour éclaire la tente lorsque le réveil sonne. Il est 5h30. Comme chaque matin, je me lève de bonne humeur, mais aujourd'hui, je suis freinée dans mon élan: les muscles de mes mollets ont rétréci! c'est une image, bien sûr, mais je n'arrive pas à me déployer, tant mes muscles sont tendus: mes efforts de la veille se font sentir douloureusement.

Je dois avouer aussi que je suis un peu responsable de mon état: chacun sait que pour éviter les douleurs musculaires, il faut boire, beaucoup. Mais avec ce froid, j'ai été sobre comme un chameau, et je le paie aujourd'hui...tant pis pour moi! il me faudra un peu plus de temps pour chauffer la mécanique et voilà tout!

En voilà une qui n'a pas besoin de préchauffage: Jenny tourne autour de la tente en courant, elle veut jouer. Jean-Do nous attend, tout sourire, frais et dispo, mais frigorifié. Au boulot! il faut prendre le petit déjeuner et refaire les sacs.

Notre programme de la journée a changé: nous avions prévu d'arriver à Ciottulu di i mori vers midi, et de faire l'ascension du capu Tafonatu: le vent tempétueux nous l'interdit. Nous doublerons donc l'étape, pour rejoindre le refuge de Puscaghia dans l'après-midi.

4__etape

à 7h05, nous sommes prêts à partir: départ tardif aujourd'hui, mais à quoi bon se presser? ce soir, nous sommes attendus à Puscaghia, et avec un peu de chance, nous aurons le refuge pour nous seuls!

Un dernier regard en direction du campement, et nous voilà partis!

un_matin___Ballone

Nous empruntons le sentier qui suit une courbe de niveau, dans la forêt de Valdu Niolu, et nous rattrapons très vite 3 jeunes filles belges, qui doutent sur la trace à suivre. Après quelques hésitations, nous poursuivons notre marche tranquille, idéale pour chauffer les muscles. Nous dépassons à présent 3 hommes qui ont passé la nuit dans le marabout: l'un d'eux jette l'éponge aujourd'hui. Il est épuisé. Difficile de lui donner un âge. D'ailleurs, l'âge ne veut rien dire sur le GR: nous avons déjà vu de jeunes enfants, comme des personnes ayant dépassé les 70 printemps.

Dans mes souvenirs, cette étape était simple, sans doute en comparaison avec celle de la veille. Une demie-heure sur le sentier presque plat me confortait dans cette impression. Pourtant, Hélène ne cessait de me répéter: "mais non, maman! tu ne souviens pas, mais après, ça grimpe fort!" Sans mettre sa parole en doute, je me disais qu'elle avait dû être impressionnée en raison de son jeune age...très vite, je dois me rendre à l'évidence: j'ai définitivement la faculté d'effacer de ma mémoire les aspects négétifs des choses.

vers_Ciottulu

L'échauffement est terminé: L'altimètre indique 1440 mètres, et il nous faut dans un premier temps atteindre le col de Foggiale, à 1962 mètres d'altitude. Le dénivelé n'est certes pas très important, mais il nous faut l'avaler sur une courte distance: la pente est raide. Nous reprenons notre ascension, de rocher en rocher. La fatigue s'accumule, et nous faisons de fréquentes poses, nous permettant d'admirer le paysage.

         Jenny                    Cinque_fratti_et_Calacuccia

La vue sur le lac de Calacuccia et les cique fratti est splendide. Au fur et à mesure que nous progressons en altitude, nous sommes de moins en moins protégés du vent, et malgré les efforts, à l'approche du col, il fait très froid. Les bourrasques nous déstabilisent, et plus d'une fois, Hélène et moi manquons de tomber. Les hommes semblent vissés à la montagne!

vers_le_col_de_Foggiale

Lorsqu'enfin nous arrivons au sommet, c'est l'enfer. Je dois me pencher en avant pour fendre le vent qui me cingle le visage, m'empêchant de respirer. Jamais je n'ai vu pareilles rafales! Cette fois, tout le monde peine à tenir debout, dans un équilibre précaire. Lorsqu'Hélène arrive au sommet à son tour, une rafale, plus violente que les autres, la renverse et la fait tomber, son père aussi. J'avoue qu'à cet instant, j'ai eu peur: une peur irraisonnée, peut-être, mais à cet instant, grelottant de toute ma carcasse, n'osant pas déposer mon sac pour y prendre un vêtement chaud, de peur que quelque chose s'envole, j'ai compris qu'il était facile de mourir de froid en montagne: les choses vont très vite. Cet été, ou plus précisément ce printemps, a été particulièrement meurtrier sur le GR. Lorsque j'écoutais, bien au chaud chez moi, les infos à ce sujet, je me disais qu'il s'agissait sûrement d'irresponsables, d'imprudents. A cet instant, je n'en suis plus si sûre: on peut avoir sur soi tout ce qu'il faut, mais paralysé par la peur, par le froid et la fatigue, notre capacité de réaction est considérablement modifiée. J'ai pleine conscience de cela, chahutée par le vent glacial, alors que le refuge est en vue, mais encore à une demie-heure de marche, et cette prise de conscience est une belle leçon d'humilité.

Je vois bien Hélène auprès de son père, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi ils ne se relèvent pas. Ils sont à peine à 150 mètres de moi, mais le vent, toujours lui, emporte nos voix: impossible de communiquer. Jean-Do, qui avait pris un peu d'avance, fait demi-tour, passe à côté de moi et me dit de continuer. Je voulais les rejoindre mais je tiens à peine debout. Il me rassure, en me disant qu'il va les aider. A contre-coeur, je poursuit lentement le chemin, me retournant souvent. Et je n'en crois pas mes yeux: d'autorité, Jean-Do s'est saisi du sac d'Hélène et le porte sur son épaule, en plus de son propre sac! En quelques foulées, il me dépasse et me dit "mais ce n'est rien! je ne le sens même pas le sac! je pars en avant, je vais garder une place au refuge".... Jean-Do, combien de fois lui ai-je dit merci? mais ce mot ne suffit pas à lui dire toute ma reconnaissance!

Lorsqu'enfin nous atteignons le refuge de Ciottulu di mori, nous sommes ravis de pouvoir nous réchauffer au coin du feu. Il nous aura bien fallu les trois heures prévues par le topo pour arriver jusque là. Le refuge est plein. Il est 10 heures, mais le gardien sert déjà de grands bols de soupe brûlante aux randonneurs gelés. Nous nous contenterons d'un thé...ou presque: Jean-Do tient à nous redonner des forces, et le voilà qui arrive avec un énorme sandwich...un sandwich corse...avec une tranche de jambon d'un centimètre d'épaisseur, coupée quelques secondes plus tôt! Nous le remercions encore et encore, et nous réchauffons doucement.

Au moins, nous n'avons pas de regrets: le Capu Tafunatu est pourtant tout proche, mais il faudrait être fou pour en tenter l'ascension aujourd'hui!
Puisque vous êtes sages, je vais vous raconter une légende: celle qui raconte comment la montagne s'est percée, celle qui raconte le capu tafunatu...

Saint Martin était berger, dans les prairie du Niolu, et le diable était bien décidé à s'opposer à lui. Il tenta d'abord d'entrer à son service, se faisant passer pour un pâtre, mais Saint Martin le reconnut. Le diable ne renonça pas.
Plus tard, Martin forgea une charrue, tirée par deux grands boeufs noirs, si solide, qu'elle pouvait creuser à travers la montagne des sillons profonds comme des vallées. Le diable, qui s'était fait laboureur, travaillait à son service. Mais un jour, Martin lui reprocha de ne pas savoir tracer un sillon droit. Le diable entra dans une violente colère et piqua les boeufs. Le soc de la charrue se brisa sur un rocher. Fou de rage, Satan le saisit alors et le lança en l'air de toutes ses forces. En retombant, il traversa la montagne: le capu tafunatu était né.

Aujourd'hui, il domine, avec la Paglia Orba, le plateau de Ciottulu di i mori. Il faut environ 1 heure, pour gravir le sentier étroit et vertigineux qui mène à cette ouverture. Ce parcours n'est absolument pas équipé, parce qu'il n'est pas un passage obligé: on y va seulement si on se sent capable d'affronter son vertige. Mais le courage est réconpensé: de la terrasse, on contemple les golfs de Porto et Galeria. Pour nous, le problème ne se pose pas: l'accès est interdit en raison des conditions météorologiques. Je dois avouer que, même si j'ai vraiment envie de monter un jour là-haut, à cet instant, je suis un peu soulagée de ne pas pouvoir. Jean-Do nous a raconté qu'il avait bien failli être lui-même bloqué, vaincu par la peur, lorsqu'il y est allé: car le piège, c'est qu'à la montée, on a pas vraiment conscience du vide...mais lorsqu'il faut faire demi-tour, il nous apparaît, immense, et on a plus d'autre possiblilité que de redescendre!
Une jeune femme y a laissé la vie, il y a quelques années: elle a levé la tête, pour admirer un oiseau. Déstabilisée, elle a perdu l'équilibre et a fait une chute mortelle: je suis rassurée de ne pas avoir à y aller!

Très vite, nous décidons de reprendre notre chemin. Nous empruntons les dernières traces du GR, que nous abandonnons ici. Le sentier mythique descend vers les magnigiques bergeries de Radule, avant de rejoindre le Col de Vergio: c'est là que nous le reprendrons l'année prochaine, pour partager avec Jean-Do, et j'espère, cette fois, Caroline, quelques étapes supplémentaires. Nous avons traversé les étapes les plus impressionnantes, les plus alpines. L'an prochain, il nous faudra simplement faire preuve d'endurance.

Mais pour l'heure, nous nous offrons une variante plus secrète, moins fréquentée, et pourtant si jolie! Jean-Do devient notre seul guide: le sentier n'est pas balisé. En fait, il est si peu fréquenté qu'il n'est même pas marqué! Seuls, jamais nous n'aurions pris le risque de passer par là. Mais nous avons une totale confiance en Jean-Do, et nous plongeons vers le ravissant refuge de Puscaghia.

La descente dans le maquis est quelque peu acrobatique. Nous sommes un peu plus abrités du vent, mais la fatigue se fait douloureusement ressentir. Hélène semble à bout de forces.
Je suis impatiente d'arriver au refuge: c'est un des plus beaux endroits que je connaisse. Bien sûr, c'est Jean-Do qui nous a fait découvrir cet endroit, voilà déjà trois ans. Et à chacun de nos séjours, nous y revenons avec plaisir, en passant par la forêt du Lonca.

un_petit_paradis

Nous étions tout là-haut, et nous voici enfin arrivés, au bord du torrent, dans ce décor si reposant....tellement reposant que sur la porte du gardien est écrit à la craie "sieste"...attention, sacré! nous contournons son refuge, pour nous installer dans le "nôtre". Tout est calme. On entend que le chant des oiseaux. Depuis notre première visite, je rêvais de revenir ici et d'y passer la nuit: je vais enfin réaliser mon rêve! avouez que je ne suis pas difficile à satisfaire!

Je ne me lasse pas d'admirer ce refuge: il est magnifique. Les murs de pierres ont été magnifiquement restaurés, et Dominique l'entretient avec amour. Je crois que le mot n'est pas trop fort. Il vit là à l'année. Il est intarrissable, lorsqu'il parle des plantes du maquis, des montagnes, des animaux. C'est un personnage atypique et attachant, que j'écouterais parler des heures durant. Peu de gens sont capables de vous faire partager leur passion: Dominique est de ceux-là.
Il a fait de cet endroit un vrai petit paradis. Il tient particulièrement à son carré de pelouse et à ses herbes aromatiques.

Nous entrons dans le refuge. Quel plaisir! l'endroit est parfaitement entretenu, et des bouquets de fleurs sèches parfument toute la pièce!

Je fais une petite parenthèse au sujet de la propreté irréprochable de l'endroit: en faisant le tour du bâtiment, j'ai vu une porte qui donnait sur une sorte de buanderie. Curieuse, je me suis approchée, et là, à mon grand étonnement, j'ai compté 17 balais! Avant de les user tous, je crois que plusieurs générations de gardiens se succéderont! Je pense qu'il doit s'agir là d'une des aberrations de l'administration, car je doute que Dominique aie commandé 17 balais...à moins qu'il soit collectionneur!

Nous nous installons autour de la grande table de bois et dégustons notre déjeuner lyophilisé.

La cheminée est si belle, et nous avons eu si froid, qu'il serait dommage de ne pas en profiter! Je sollicite l'appui d'Hélène, et d'une même voix, nous demandons aux hommes d'aller chercher du bois pour faire du feu. A notre grande surprise, ils se mettent au travail aussitôt. Hélène part vers le torrent, et revient avec quelques branches...Mais les hommes grimpent comme des cabris dans un pierrier, et font dévaller d'énormes branches mortes: c'est sûr, ce soir, nous n'aurons pas froid!

__la_recherche_du_bois_mort

Alors que les hommes s'agitent dans leur besogne, Dominique (Domé) s'est réveillé et vient nous saluer. Il était informé de notre arrivée...pour le lendemain! Heureusement, il semble avoir pris ses précautions et ce changement de programme n'a pas l'air de le déranger. Il entre dans le refuge, et constate, amusé, que nous nous sommes déjà installés. Il nous invite à profiter des douches...et à prendre un verre.

J'appelle nos bûcherons, en leur rappelant que nous ne restons qu'une nuit, et qu'il est inutile de ramasser du bois pour tout l'hiver. Mais Jean-Do, fidèle à lui même, rassemble des fagots pour le gardien, justement pour l'hiver. Hélène et moi allons nous doucher en attendant. Quel luxe de pouvoir se doucher dans ces conditions! Ici, l'eau est chauffée grâce à des panneaux solaires. Au risque de me répéter, ce refuge est vraiment magnifique!

Propre comme un sou neuf, je file me mettre au chaud. D'autant que l'odeur du feu de bois se répend dans l'air. Quand j'entre dans "notre" refuge, je reste bouche bée...comme quand j'étais petite, au pied du sapin de Noël! sauf que là, le sapin, il brûle...

flammes

Je ne résiste pas au plaisir de m'assoir devant la cheminée, sur le banc de bois, et d'écrire sur mon carnet mes impressions du moment. Tout est si calme! Seuls les crépitements du feu rompent le silence. Ces instants d'apaisement, après tous ces efforts, sont si réparateurs! Le feu purifie, paraît-il: en la circonstance, il efface toutes traces de lassitude: je suis bien!

Chacun, à tour de rôle, va prendre sa douche. Si j'étais mauvaise langue, je dirais qu'il était temps! Nous partons tous boire la rituelle pietra...ah non! là, ce sera une Serena, à la table de Domé, qui nous demande comment s'est déroulée notre petite virée. Chacun y va de sa petite histoire. Lui, nous raconte quelques anecdotes, sur les randonneurs qu'il rencontre à Puscaghia: certaines ne sont pas tristes! Nous le félicitons sur l'aménagement et la propreté des lieux. Il nous répond modestement qu'il ne fait que son travail, et qu'en plus, il le fait avec plaisir, en pensant toujours à ce qu'il aimerait trouver, lui, en arrivant dans un refuge...ceci explique cela. Il nous raconte comment il lutte contre les souris, dévoreuses de matelas en mousse: douloureux dilèmne: lorsqu'il a essayé de les piéger à la glu, sa seule prise fut une belette! il ne s'en est toujours pas remis! Il a abandonné la glu, d'autant qu'il a tissé des liens d'amitié avec un lérot, qui lui rend visite chaque soir. Jean-Do a du mal à garder son sérieux. Pendant ce temps, Hélène peaufine sa technique de capture de lézard au lasso...je vous vois, incultes, qui riez derrière votre écran! moi aussi, je riais, avant que Jean-Do ne nous fasse une démonstration! ça peut surprendre, je le concède, mais c'est d'une redoutable efficacité!

l_zard

Après cette agréable conversation, Dominique nous renvoie nous reposer un peu, pendant qu'il se met aux fourneaux: il nous invite à sa table, ce soir!

Nous profitons de ces instants d'oisiveté pour prendre quelques photos, préparer nos sacs de couchage pour la nuit, ranger la table qui porte encore les reliefs de notre repas lyo, et bien sûr, faire une partie de cartes!

le_plus_beau_des_refuges

Il est vrai que ces conditions sont exceptionnelles: ce refuge peut accueillir une quinzaine de randonneurs, et nous avons la chance d'y être seuls!

                                  Puscaghia   

                                                  Puscaghia_2

Le temps passe toujours trop vite quand on est bien! Il est déjà l'heure d'aller dîner. La table est dressée sur la terrasse, et Domé apporte déjà une salade de crudités: ça change des lyo! Nous insistons pour qu'il dîne avec nous mais il proteste, il doit préparer la suite. La suite attendra! nous avons tout notre temps. J'en apprécie d'ailleurs chaque instant, chaque seconde. Demain sera un autre jour, apportant son lot de bonnes choses, mais le secret du bohneur n'est-il pas de savoir s'ouvrir aux petits plaisirs de l'instant présent...

Et l'instant présent nous offre de délicieuses spaguettis bolognaises! elle est pas belle la vie?! Dominique nous accueille vraiment comme des rois: n'oublions pas que tout ce qui est servi ici, a été apporté sur son dos, après une journée de marche aller-retour! Le fromage qui vient ensuite est certes apprécié, mais bien moins que la délicieuse crème dessert et les biscuits...qui a dit "gourmands"?!

Nous papotons agréablement au soleil couchant, lorsque je vois passer, bondissant, ce que je crois être une souris bien dodue du popotin...Mais Domé me dit "mais non! c'est mon lérot!"...ah! c'est donc cette petite chose, qui aura, à plus ou moins long terme, le saccage des matelas de mousse sur la conscience! et tout ça parce qu'il a de beaux yeux, soulignés d'un trait blanc...ou noir, je ne sais plus, et qu'il se montre chaque soir!...

Jean-Do participe aux conversations, mais je le vois scruter en permanence le pierrier, derrière le refuge. Alors je lui demande ce qu'il a vu, il me dit que normalement, à cet endroit, des sangliers doivent passer. Plus rien ne me surprend maintenant, et je surveille à mon tour. Mais je n'ai pas l'oeil aussi perçant que lui, et c'est bien Jean-Do qui crie soudain, "regardez, là bas!"...effectivement, un sanglier traverse tranquillement, sans se méfier: en voilà un qui ne connait pas sa chance: Jenny ne semble pas très motivée, et Jean-Do n'est pas équipé!

la_nuit_tombe

La nuit tombe et il est temps d'aller se coucher. Nous aidons à débarrasser, puis nous prenons le chemin de notre refuge. Quel plaisir de se glisser dans nos sacs de couchage! Il règne ce soir une ambiance de colonnie de vacances; les fous-rires s'enchaînent, sans que l'on sache vraiment pourquoi on rit. Le feu brûle encore dans la cheminée, et c'est les yeux fixés sur cette douce lumière que je sombre lentement dans les bras de Morphée.

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26 octobre 2007

retour à Ota

Chaque chose a une fin!

En ce dernier jour de randonnée, nous nous réveillons à 7h00. Nous n'avions pas prévu de réveil, comme si on avait décidé de s'offrir un petit supplément de sommeil. Mais l'horloge interne toujours aussi bien huilée, c'est avec plaisir que nous ouvrons la porte du refuge sur la montagne déjà ensoleillée.

J'aime la lumière du matin, en montagne: c'est comme si la nature retenait son souffle, comme si elle s'éveillait, lassive, s'étirant aux premiers rayons du soleil. Et c'est ce que je fais, sur le seuil de pierre: je m'étire...en riant encore de la belle trouille de la nuit: décidément, il était écrit que chaque nuit nous apporterait sa petite surprise!

Alors que nous dormions tous,- enfin, c'est ce que je croyais-, j'entends soudain un bruit, discret, mais suffisant pour m'avoir réveillée. Je tends l'oreille, le coeur battant, mais plus rien ne bouge. Preuve que la nuit ne m'a pas rendu toutes mes facultés de réflexion; il aurait suffi que je songe à Jenny pour réaliser que si quelqu'un tentait d'entrer, elle aurait tout de suite manifesté en aboiements sa désapprobation!

Mais non, au lieu de réfléchir, je suis morte de trouille dans mon sac de couchage...d'autant, bien sûr, que je suis la plus proche de l'entrée! bref: si Jack l'éventreur rentre dans le refuge, c'est pour moi, c'est sûr!

Alors que, rassurée par le silence qui s'est de nouveau installé, je me laisse retomber dans mon sommeil, j'entends cette fois la porte d'entrée s'ouvrir doucement...j'en suis sûre! elle grince! et celui qui l'ouvre fait très attention pour faire le moins de bruit possible! Cette fois, c'en est trop! quitte à mourir dans d'affreuses souffrances, autant le faire avec panache et affronter la réalité en face...d'ailleurs, si je peux l'aveugler, la réalité, c'est encore mieux!

Pendant que je tendais l'oreille, j'avais à tâtons, retrouvé ma lampe frontale. Dans un geste vif, comme j'aurais dégaîné un 735, je braque ma lampe vers le danger en disant "qu'est-ce-que c'est"?...et là, je vois le danger, en slip, qui se marre, parce qu'il se doute que je viens de me faire la trouille de ma vie!

En fait, c'est Jean-Do, qui vient d'aller soulager un besoin naturel, et qui faisait très attention de ne réveiller personne. Grâce à moi, c'est réussi! Nous avons tous bien ri...enfn, ils se sont tous ris de moi, et nous avons fini notre nuit dans le calme.

Il fait frais le matin, toujours, à cette altitude. Nous allons nous débarbouiller à la fontaine. Domé est déjà levé.
Pour la dernière fois cette année, nous prenons notre petit déjeuner "rando": bien que nous soyons de drôles d'oiseaux, les graines, ce n'est vraiment pas fait pour nous! pas plus que le lait en poudre. Voilà: au moins, demain matin, nous retrouverons le bon goût du pain frais!

On fait un peu de ménage dans le gîte: nous étions si heureux de le trouver propre en arrivant, que nous mettons un point d'honneur à le laisser propre en partant! Les hommes entrent avec une antique brouette, pour vider les cendres de la cheminée: elle ne fera certainement plus de feu avant l'hiver prochain!
Et c'est avec un petit pincement que nous refermons la porte derrière nous.

Nous allons prendre congé de Dominique. Jean-Do en profite pour téléphoner à son cousin François, pour qu'il vienne nous chercher en voiture, à la fin de notre rando: c'est pas gagné! le téléphone passe mal, François n'est pas là: il laisse le message, en insistant bien sur l'importance de ne pas se tromper, mais tout le long du chemin, nous le sentons inquiet. Il est vrai que c'est un peu notre faute: Hélène et moi accusons vraiment la fatigue musculaire. Nous pourrions rejoindre directement le village...mais après une marche de 8 heures, uniquement en descente! Rien que l'idée nous épuise! comme toujours, tout est affaire de psychologie: si nous n'avions pas eu le choix, nous l'aurions fait, bien sûr! mais cette autre solution nous semble tellement plus confortable!

Seulement, nous n'empruntons pas le même chemin! et si François n'est pas au rendez-vous....mais si, il sera au rendez-vous!....oui, mais s'il n'est pas au rendez-vous...on a plus qu'à marcher, marcher, marcher...le téléphone ne passe plus, et la route se situera alors à plusieurs heures de là... Mais SI, il sera là!

Un dernier regard, un dernier signe. pour cette année! parce que nous reviendrons, c'est sûr! Je voudrais que Caroline partage aussi avec nous le plaisir de passer une nuit dans cet écrin de verdure.

un_dernier_regard

Nous partons d'un bon pas: visiblement, Jean-Do est pressé d'arriver: il est vrai que si la voiture n'était pas au rendez-vous, il ne faudrait pas trainer pour rentrer! Je ne sais pas pourquoi, j'ai confiance. Ce chemin, nous le connaissons bien: les deux dernières années, nous avons emprunté un sentier qui fait une boucle, passant par le refuge, et qui traverse tout le territoire de chasse de Jean-Do et de ses amis. Autant dire que nous sommes en terrain connu! Bien sûr, lorsque nous avions fait ces randonnées, nous étions venus avec notre propre véhicule, et nous l'avions retrouvé à l'arrivée!

Nous prenons tout de même le temps de souffler un peu, et de faire quelques photos. Une fois encore, je note l'importance de se retourner.

l_envers_du_d_cor

Car si nous n'apercevons déjà plus le refuge, nous repèrons le col que nous avons franchi, puis dévallé pour y arriver. Etrange sentiment, toujours, lorsqu'on s'attarde sur le chemin parcouru: mélange d'humilité et de fierté, et aussi parfois, d'incrédulité.

La forêt que nous traversons est magnifique. Ici, certains pins sont plusieurs fois centenaires, et la folie des hommes les a jusque là épargnés. Combien de fois, en la traversant, ai-je songé au désastre qu'un incendie provoquerait ici? A chaque fois, j'ai vite chassé ces images de désolation, pour apprécier pleinement la fraîcheur et les parfums qui se dégagent des sous-bois.

for_t

Il faut savoir écouter aussi! la forêt n'est jamais vraiment silencieuse. Au loin, on entend la rivière, qui coule au milieu des rochers, les oiseaux...et Jenny, qui aboie furieusement: elle a senti la trace d'un sanglier et détalle soudain. jean-Do l'encourage, et nous indique la direction à observer: là, un sanglier va passer...là, un sanglier est passé!

Un peu plus loin, ce sont les cris d'un marcassin que l'on entend, affolé qu'il est d'être poursuivi par l'infatigable Jenny: le temps passe si vite ainsi! rien n'est monotone! Si vite d'ailleurs, que nous voilà arrivés au terme de la randonnée: nous apercevons le pont au dessus de la Lonca. Le silence se fait: la voiture n'est pas là. Jean-Do est déçu, mais nous lui disons que ce n'est pas grave, qu'elle peut encore arriver. Hélène est plus inquiète. J'avoue éviter de penser à la suite. S'il le faut, nous continuerons, un pied devant l'autre, et nous y arriverons! Ce n'est plus que la dernière ligne droite! ...enfin, plutôt en lacets, et plutôt en montant, mais bon! on en a vu d'autres!

Jean-Do propose de partir seul, pour tenter d'aller téléphoner. D'après lui, le téléphone devrait passer plus haut, au col, mais le sien est déchargé. Pas de souci, le mien est opérationnel. mais je refuse de le laisser partir: il n'est pas responsable de ce qui se passe, et cette aventure, nous l'avons commencée à quatre, nous la finirons à quatre...même que pour nous, ça sera peut-être à quatre pattes!

Après avoir pris un peu de repos, nous repartons, empruntant la piste, chauffée par le soleil.

Les lacets se succèdent, lentement. Les hommes ont pris un peu d'avance, et nous suivons sans un mot. Tout juste suis-je un peu inquiète, en surveillant mon téléphone portable qui ne capte pas. Parce que maintenant que nous sommes là, il ne faut pas se voiler la face: nous n'atteindrons pas les premières habitations avant le soir. Mais à chaque fois qu'Hélène évoque cette hypothèse, je refuse de développer davantage. Au fond de moi, quelque chose refuse cette éventualité...peut-être une confiance absolue en Jean-Do et sa famille. C'est donc en silence que nous marchons. Le soleil est très haut et sa morsure est féroce. A chaque fois que quelque chose me contrarie, je me réfugie dans une bulle de pensées, que je veux positives. Je suis si bien dans cette bulle, que je n'entends pas le bruit du moteur d'une voiture qui s'approche.

Lorsque la voiture de François s'immobilise au milieu de la piste, et qu'il en sort, gesticulant, faisant de grands "oh!" ( entendez à la Corse: ôw!!!), les visages s'illuminent. Comme souvent là-bas, la discussion commence par ce qui ressemble franchement à une vraie dispute:

François: Mais qu'est-ce que vous faites?! pourquoi vous nous avez pas attendu à la rivière?
Jean-Do: Hé! mais je me demandais si on t'avait fait la commission!
François: Bien sûr qu'on me l'a faite la commission! tu téléphones, on me fait la commission! hé!
Jean-Do: Oui, mais alors, on a attendu à la rivière! et t'arrivais pas! on pouvait pas rester là à attendre!
François: et pourquoi vous pouviez pas?! regarde! ils sont morts! ( euh...c'est nous, là...on est pas frais, mais on est pas morts non plus )

Je pense que ça aurait pu durer encore longtemps comme ça. Quelqu'un a fini par lâcher que le principal, c'était que tout le monde soit réuni, maintenant, et finalement, tout s'est terminé en éclats de rires et en embrassades. Ces scènes sont assez courantes là-bas: même lorsque deux amis se croisent en voiture, sur une route, dans un village. Ils s'arrêtent, s'apostrophent, de "oh", "hé", "qu'est-ce que tu fais là?", et la seconde suivante, ils se sourient, se saluent et se passent mutuellement le bonjour aux familles. Lorsqu'on est pas habitué, ça peut surprendre...c'est d'ailleurs pour ça, je pense, que les touristes qui sont bloqués dans leur voiture ne la ramènent pas trop!

Finalement, nous montons tous dans une petite voiture (un kangoo je crois). Tous, c'est à dire 6 personnes + Jenny, et tous nos sacs! C'est en pareil équipage, que le coeur léger, nous reprenons la route d'Ota, que nous rejoindrons une heure plus tard, fatigués mais heureux de retrouver les parents de Jean-Do, Caroline et la petite.

Porto

Le golf de Porto, depuis les callanches nord, apparaît toujours aussi majestueux. La douceur, voir la chaleur du bord de mer, tranche vraiment avec le froid qui sévissait en montagne. Nous voyons là la promesse d'un repos bien mérité. Je n'en dis rien à Hélène, mais déjà pourtant, je pense à l'an prochain. Malgré la fatigue physique, qui frôle parfois la vraie douleur, je regrette déjà les paysages de montagne. A l'approche de la ville, j'ai déjà la nostalgie du calme de ces sentiers, où ne se croisent que des passionnés. parce que je crois vraiment que pour apprécier le GR 20, il faut vraiment être passionné: pour oublier les mauvaises nuits, pour oublier la nourriture plus que moyenne, pour pouvoir se dépasser, se découvrir parfois. Mais les efforts consentis sont tellement récompensés que là, je pense donc à l'an prochain: aux prochaines étapes. à celles qui nous mèneront au lac de Nino par le col de St Pierre, puis à Manganu. J'appréhende déjà le sentier qui passe en corniche, au dessus des lacs de Melo et Capitello...j'y suis, je voyage déjà, je suis dans mon élément. Même si je n'en dis rien, parce que je n'oublie pas que ma fille va avoir 16 ans, et qu'à cet âge, on ne ressent pas les choses de la même façon. Pour elle, les vraies vacances commencent maintenant. Elle a partagé jusque là les nôtres, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, à nous maintenant de lui offrir les siennes.

Pourtant, au fond de moi, je sais que j'ai semé une petite graine dans son coeur, comme je l'ai semée dans celui de sa soeur avant elle: cette graine germera, grandira. C'est l'amour de la nature et des efforts qu'elle nécessite, le goût d'une forme d'aventure, le sens de l'organisation. C'est une graine qui permet de savoir ouvrir ses yeux sur la beauté de toute chose...c'est peut-être tout simplement le goût "des autres"! J'espère vivre assez longtemps pour voir si elle passera le relai. Au fond de moi, j'en suis sûre.

Mais pour l'heure, nous arrivons chez les parents de Jean-Do, et nous sommes accueillis en héros. C'est toujours bon pour le moral, même si c'est un peu excessif: on a pas fait grand chose, comparé à toux ceux qui font le sentier dans son intégralité! Nous faisons honneur au gratin de Marie. Jean-Do est heureux de retrouver ses femmes, et c'est bien légitime! Nous passerons encore une nuit dans les appartements de la maison de sa mère, avant de rejoindre la villa. Celle-là même qui nous a permis, voilà quelques années, de nous rencontrer et de nous lier d'amitié.

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09 novembre 2007

Après le côté montagne, le côté mer

Après avoir savouré avec délectation une douche dans une vraie salle de bains, nous avons retrouvé le plaisir de dormir dans un bon lit. Et après une bonne nuit de sommeil, nous sommes heureux de pouvoir profiter du soleil sans regarder la montre.

Jenny est déjà devant la porte, elle semble nous attendre. Marie est dans son jardin, et son mari s'affaire dans l'enclos de ses chiens de chasse:il veut leur construire un abri pour les protéger du soleil.
Jean-Do est allé chercher des pains au chocolat, et insiste pour que nous allions prendre notre petit déjeuner avec lui...et quand Jean-Do insiste...on ne résiste pas!

La vue depuis la terrasse est magnifique. Mais elle l'est encore plus depuis la terrasse de la villa. La tour gênoise semble trôner dans le golf de toute sa majesté. Hélène et moi flânons un peu, mais les hommes sont partis aider dans l'enclos. La matinée sera tranquille pour nous.

enclos

Nous sommes heureux de pouvoir enfin faire à notre tour une surprise à nos hôtes: Jean-Do vient de nous confier que c'est aujourd'hui l'anniversaire de mariage de ses parents. Sans rien dire, je descends à la marine et je commande un gâteau pour fêter l'évênement comme il se doit...avec quelques bulles, bien sûr!
Surpris par cette attention, leurs sourires furent notre plus belle satisfaction!

Et voilà que le lendemain, c'était Jean-Do qui fêtait le sien! Pris de court, nous sommes tous allés dîner au restaurant. Nous avons choisi "La tour gênoise": c'est une bonne adresse, et les propriétaires sont très sympathiques. En quelques heures, moins de deux jours, nos vacances prennent un tour radicalement nouveau! C'est Hélène, qui le résume le mieux, en images:

                   clepsydre

                                            _vantails

             terre_et_mer

                                  elioth

C'est un joli résumé, fidèle à la réalité. Mais le vent n'a pas soufflé qu'en montagne, et la baignade est pour l'heure interdite. Nous flânons un peu en bord de mer, allons faire quelques courses du côté de Piana. Nous sommes heureux de retrouver ces gens que nous voyons chaque année, et qui nous ont adoptés.

Mais ce tableau est un peu réducteur: ne dit-on pas "chasse le naturel et il reviens au galop?"...justement, l'oisiveté complète nous étant insupportable...et si nous allions monter à cheval? ce genre de proposition recueille généralement tous les suffrages. Pourtant, cette fois, nous irons en famille: après sa semaine en montagne, Jean-Do a du travail à rattraper, et Caroline est à Ajaccio.

Au petit matin, nous partons pour Sagone, où nous avons rendez-vous pour notre journée équitation. Entre temps, nous avons déménagé et sommes installés chez

Jean_Do

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15 novembre 2007

journée équestre

Avant toute chose, je tiens à préciser que je n'ai pas d'actions dans le club équestre...ni ailleurs en Corse, d'ailleurs. Dans ce récit, j'ai donné, et je donnerai encore quelques bonnes adresses, uniquement parce que le plaisir, ça se partage!

Nous retournons donc dans ce ranch, situé à la sortie de Sagone, sur la route de Vico. Impossible de le rater: le parc est sur la gauche, après le camping. Nous y sommes déjà allés l'an dernier, et séduits par l'amabilité des propriétaires, le sérieux de l'équipe et le cadre superbe, nous revenons avec plaisir. Nous avons réservé la journée. D'aucuns diront que ce ne sont pas des vacances...c'est sûr, se lever à 6h30 du matin, en vacances, c'est pas courant! mais qui veut la fin ...se lève tôt! La route côtière entre Porto et Sagone n'est pas très longue, mais sinueuse, et nous avons rendez-vous à 9h00. Nous avons un peu d'avance, bien sûr! quel est le plaisir d'arriver, de trouver les chevaux sellés, et de partir aussitôt? Nous préférons prendre le temps de faire un brin de causette avec le propriétaire des lieux, qui se souvient de nous...aïe...les hommes commencent à parler "quad"! Hélène et moi préférons faire un tour dans le parc!

Lorsqu'enfin, ils se sont tout dit, nous confions notre sac pour le repas de midi: nous partons à cheval, le matin, et vers midi, on nous apporte notre pic-nique, que nous prenons dans un pré, sous des eucalyptus.

Il fait un temps splendide, et nous apprécions la fraîcheur des sous bois que nous traversons. Ce que j'aime particulièrement, mis à part le paysage magnifique, ce sont les senteurs ennivrantes du maquis. Les chevaux, en piétinant les touffes de thym sauvage, d'immortelles d'Italie, exhalent des parfums que l'on ne rencontre que sur l'île. On reconnait parfois le romarin, le genièvre, les essences de pins.

Je me souviens des fleurs magnifiques de Martinique: les roses de porcelaine, les fleurs de balisier, la forêt tropicale luxuriante....mais l'absence de parfums. Je me souviens de ma déception, en découvrant que la forêt, malgré l'humidité, ne sentait rien! Les odeurs des antilles sont celles des marchés aux épices et des rhumeries. C'est bien aussi, mais les odeurs du maquis sont mes "madeleines". Dès que nous débarquons du bateau...et que nous quittons la ville, j'ouvre la fenêtre et je respire. Quand je reconnais les fragrances entêtantes, je suis rassurée: "elle" n'a pas changé!

Bon, je m'éloigne un peu! nous sortons de la forêt, en grimpant sur la colline qui domine le golf de Sagone.

il_etait_une_fois_en_Corse

Nous prenons le temps de faire quelques photos, d'apprécier le paysage, puis de savourer quelques galops plus ou moins maîtrisés, avant d'arriver à notre aire de pic-nique.

Et bien sûr, ici plus qu'ailleurs, rien ne vaut une petite sieste: notre jeune guide donne l'exemple!

sieste_corse

Cette jeune demoiselle, que vous voyez là en pleine action...de méditation profonde, est fort sympathique! elle poursuit ses études sur l'île. Passionnée de chevaux, elle s'est orientée dans une fillière agricole.
Malheureusement, nous n'avons pas son talent pour la méditation, et le temps s'écoule doucement! Certes, le vent dans les feuilles d'eucalyptus est reposant, mais disons le sans détour: on se fait un peu braire! j'exagère un peu: je sais que notre hyperactivité frôle la pathologie mais bon...un peu d'agitation finit par provoquer chez la jeune demoiselle une profonde inspiration, et un réveil en douceur.

L'après-midi est plus agréable encore que le matin: le parcours offre plus de possiblités de galoper, et la vue sur Sagone se dégage peu à peu.

              sagone

                                           tour_genoise

Nous empruntons un temps un sentier qui longe le bord de mer, en passant par les nouveaux quartiers en construction...qui ne sont pas toujours du meilleur goût, mais ceci n'est qu'un avis personnel!

Arrive enfin le moment le plus attendu de la journée: nous traversons quelques prairies, pour rejoindre la rivière. Nous dérangeons quelques vaches au bain, sans pour autant les stresser. Manifestement, elles ont l'habitude, et il doit en falloir plus que ça pour les impressionner!

vache_au_bain

Cet endroit est magnifique: même au plus fort de l'été et de la sécheresse, il conserve ses couleurs verdoyantes. Nous prenons le temps de laisser boire les chevaux, en observant des bancs de petits alevins qui filent, rapides comme l'éclair, slalomant entre les herbes ondoyantes. La rivière est étonnament riche, malgré sa faible profondeur. Mais il est temps de passer aux choses sérieuses: si nous restons encore un peu, nos chevaux vont céder à la tentation de se laisser tomber dans l'eau! pas question de se faire surprendre, ni de les laisser faire...parce que notre présence sur leur dos ne les dérange pas du tout en pareille circonstance: les filles en ont fait l'humide expérience l'année dernière.

Un petit regard, vers la rivière qui s'enfonce en sous bois...

pret_pour_le_galop_

un coup d'oeil à notre guide et c'est parti pour un galop! et alors là, vaut mieux s'accrocher! mais quel plaisir! ce sont des sensations courtes mains intenses, de liberté et de folie. Lorsqu'on fait une pose, on se regarde, on fait l'état des lieux. Les pantalons sont un peu mouillés mais c'est agréable: ça rafraichit! Il flotte dans l'air un délicieux parfum de menthe sauvage: les berges en sont couvertes. Nos montures sentent l'écurie: nous approchons de l'arrivée, et ils sont impatients de rentrer. On s'offre encore quelques belles accélérations, avant de nous résoudre au retour.

D'ailleurs, il est temps: nous dînons ce soir avec la petite famille de Jean-Do, et je voudrais avoir un peu de temps pour cuisiner. Ce n'est pas parce que ce sont les vacances, que l'on doit céder à la mal-bouffe (pardon pour ce vilain mot)! Préparer et partager une bonne table entre amis, c'est aussi un vrai plaisir!

Encore une bonne adresse: la petite supérette, qui se situe sur la route de Sagone, à quelques centaines de mètres après le ranch, sur la droite, est une belle surprise! On y trouve des productions locales (des vraies) de brocciu frais, en provenance de Vico, des Figatelli de Mme ... j'ai oublié le nom! une viande corse de qualité, et au rayon poissonnerie, on trouve parfois des huitres et des moules de l'étang de Diane: une pure merveille pour les fins gourmets!

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20 novembre 2007

ça passe trop vite

Oui, les vacances, surtout en si bonne compagnie, passent trop vite!

Nos derniers jours sur l'île ne furent qu'une succession de moments savoureux: au premier sens du terme, d'abord.
Nous avons été conviés au restaurant "les roches rouges",à Piana. Que dire? Il y a tant à dire, sur cette bâtisse, au charme fou, un brin désuet. Les propriétaires ont su préserver intacte l'ambiance début du siècle dernier. Les plafonds hauts, les dorures, les parquets cirés...pour un peu, on s'attendrait à voir apparaître quelques dames en décolleté empire. Mais les femmes présentes n'ont pas connu les délices du corset, et les tenues sont plus décontractées. Dommage, j'aurais aimé faire honneur à ce cadre magnifique, mais mes valises sont plutôt remplies de tenues de randonnée!

Mais ne perdons pas de vue qu'il s'agit bien d'un restaurant...qui d'ailleurs, offre la plus belle vue de Piana! Qu'il est doux, d'attendre le coucher de l'astre du jour, avant de passer à table!...mais ce spectacle n'est gravé que dans ma mémoire: j'avais oublié mon appareil photo!

Je me suis encore égarée: la cuisine des roches rouges est exquise, inventive et raffinée. Avouez qu'il faut oser un confit de lentilles vertes au sorbet citron-basilic! c'est bien un dessert, et délicieux en plus!

Après cette invitation surprise, Jean-Do et Caroline avaient prévu pour nous une sortie en mer, du côté de St Florent. C'est par la mer, que l'on peut accéder aux plus belles plages du désert des agriates!
Rendez-vous pris auprès d'un ami, nous avons pris la route au petit matin pour rejoindre St Florent. Présentations faites, nous embarquons à bord du bateau, et nous voilà partis!

Port_de_St_Florent

Contrairement aux apparences, la mer n'est pas calme. Le vent qui nous avait causé tant de tourments en montagne, a fini par sévir au large, et les creux sont impressionnants. Abrités dans le port, nous voulons croire que notre "capitaine" exagère, et nous sommes confiants...nous avons tort!
A peine dépassées les digues de St Florent, la profondeur de la houle nous surprend. Nous voulons encore croire que nous pourrons naviguer jusqu'à la célèbre plage des agriates. Nous insistons, mais au fur et à mesure de notre progression, nous essuyons des vagues de plus en plus hautes. Le bateau saute sur les vagues, et en retombant, nous soude plusieurs vertèbres...enfin, juste les filles: les hommes sont accrochés à la barre, solidement calés sur leurs pieds. Assises à l'avant du bateau, nous sommes ballottées et ne contrôlons pas grand chose: Nous décollons régulièrement en poussant de grands cris, que la mer étouffe en nous envoyant des vagues qui nous douchent fraîchement. A l'abri de la vitre, les hommes rient beaucoup, et attendent que nous renoncions à nos projets: nous déposons les armes rapidement. Continuer serait une folie. La météo annonce un renforcement des vents, et le bateau n'est pas assez puissant pour affronter de telles conditions. Caroline est déçue: elle voulait nous faire découvrir les rivages magnifiques qu'elle a eu l'occasion de voir, mais nous la réconfortons en lui disant que ça n'a pas d'importance, puisque  ce n'est que partie remise!

Et puis, franchement, en Corse, les petits coins de paradis ne manquent pas! Il nous faut juste trouver une petite anse, qui nous protège des vents et qui nous offre un petit coin de sable. C'est bientôt chose faite:

juste_pour_nous

Et c'est là, dans ce cadre magnifique, aux allures d'île déserte, que nous passerons la journée, à nous reposer, à jouer une partie de ballon mémorable dans l'eau, filles contre garçons, à parler, à profiter de l'instant présent, tout simplement!

         le_calme

                                      le_grand_bleu

Posté par neferka à 08:56 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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